De la Colombie on connaît (en France) ses plus de 3000 otages, en particulier Ingrid Betancourt, sa guérilla, le narcotrafic,…, panorama qui donne de ce pays l'image d'un enfer pour ceux qui l'habitent. Pourtant, l'image de la Colombie à l'étranger n'a pas toujours été celle-là. Au XIXème siècle, les voyageurs et aventuriers qui ont parcouru le Nouveau Continent en dressaient un tableau plein de promesses et d'espoir. J'en veux pour preuve la note de lecture ci-dessous, que m'a fait parvenir Isabelle :
C'est un livre qui traînait dans le bac des ouvrages d'occasion d'une librairie maritime : Voyage à la Nouvelle-Grenade - Un voyageur français découvre le monde indien 1869-1870, de Charles Saffray. Ce médecin et botaniste français effectue un long périple en Nouvelle-Grenade (actuelle Colombie), passant par Santa Marta, Carthagène, Naré, Medellin, Antioquia, Manizalès, Cali, Bogota, le Choco, etc., à pieds, en pirogue, à dos de mule, de cheval, d'homme... Esprit ouvert et curieux, il note ses observations, sur les plantes bien sûr, mais aussi sur la géographie ou l'histoire, et surtout sur les hommes de toutes conditions et groupes ethniques, que son objectivité scientifique n'empêche pas de décrire et qualifier, selon l'usage de son temps. Ainsi, les bateliers du Madgalena sont des brutes et leurs enfants des monstres (ils ont l'excuse d'un travail harassant), les indiens du rio Verde sont taciturnes, les habitants de Medellin sont patriotes, honnêtes et attachés à l'éducation mais jugent chacun en fonction de sa richesse, les antioquiens sont laborieux, intelligents et sobres,… Dans cette Colombie d'avant la Colombie, est en germe l'essentiel de ce qui fait aujourd'hui le pays. La notion qui domine le récit est celle de potentialité : Saffray est émerveillé par les ressources prodigieuses dont dispose le pays (flore regorgeant de plantes utiles pour l'alimentation, la santé, la construction,... ; variété de climats favorables ; ressources minérales) et les qualités de sa population, et considère que la Nouvelle-Grenade pourrait devenir la première des nations d'Amérique méridionale, à condition que soient mises en place les infrastructures permettant de relier efficacement les différentes régions (construction de routes entre Honda et Bogota, amélioration de la navigabilité du Magdalena, ouverture d'une route entre Popayan et Cali et le Pacifique...) et que soit mis un terme aux incessants conflits internes - les pronunciamentos et heurts entre conservateurs et libéraux ont rythmé une bonne partie de son voyage...
Deux éléments retiennent l'attention, et sonnent comme un avertissement au vu de la situation actuelle : : - Saffray considère le pays comme extrêmement sûr, la population pacifique et son honnêteté remarquable - sauf lors des conflits internes où la cruauté peut être extrême - il extrait d'une plante des cristaux blancs dont il teste les effets sur des animaux, regrettant de n'avoir pas le temps de le faire sur l'homme : la cocaïne...
Dans le discours des politiciens colombiens revient encore de manière insistante le potentiel du pays, dû à sa situation géographique, sa biodiversité, le caractère des habitants, etc., comme si 140 ans après le voyage de C. Saffray tout était encore à faire. Entre temps, l'histoire récente a malheureusement montré l'incapacité des élites du pays à réaliser ce potentiel.
I. Bigard / A. Montes
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A lire : Charles Saffray, Voyage à la Nouvelle-Grenade, préface d'Alvaro Mutis, éditions Phébus, 1990 |